Quand on est un nouveau héros qui débarque de manière imposée, on risque la même chose qu'un parachutage en politique: le rejet. Les joueurs veulent tous de l'inédit (enfin, c'est ce qu'ils s'accordent à dire), mais dès qu'on change un micro-détail, ça pousse des cris de protestation, ça écrit des pétitions et ça manifeste. Apollo agace. La greffe a du mal à prendre, comme on dit. Du coup, Capcom a pensé à lui bricoler une capacité: celle de pouvoir lire le langage corporel. Notre héros voit clair dans le moindre mouvement. Un grattage de menton, un clignement d'œil, chaque détail peut sous-entendre que le témoin est en train de se foutre de la gueule du tribunal. C'est un pouvoir bien pratique, et qui apporte un nouvel élément de gameplay.

Alors que Capcom a pris le risque de changer tous ses personnages, le concept «enquête puis affaire à plaider au tribunal» n'a pas changé d'un iota. Enfin en apparence, car honnêtement, on sent qu'une subtile réforme judiciaire est passée par-là, Dans les trois opus précédents, toute la dramaturgie reposait sur les conditions improbables qui acculaient le joueur dans ses ultimes retranchements. Alors que la situation paraissait désespérée, Phoenix arrivait à la retourner complètement à son avantage en démontant en petits morceaux les arguments adverses. Apollo Justice se déroule dans un climat beaucoup plus serein. Le procureur est doux comme un agneau, tout le monde a l'air de savoir la vérité et la contradiction est molle comme une interview du journal du 20 h. On a la sensation de ne pas servir à grand-chose tant la tension judiciaire est minime. C'est un vrai renversement de valeurs, au profit de l'histoire, des vannes et de la référence permanente.